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Découverte de la nature

M. François Spill nous fait parvenir régulièrement ses publications accompagnées de photos et que nous avons le plaisir de publier ici.

[tab:Printemps (1)]

Avec le rallongement des jours la nature se réveille et le cycle immuable de la vie se perpétue.

Les oiseaux migrateurs ayant passé l’hiver chez nous regagnent peu à peu leurs zones de nidification situées plus au Nord ou à l’Est. Dès mi-Février des vagues de quelques centaines de Grues cendrées ont survolé bruyamment Lembach d’Ouest en Est se rapprochant peu à peu de leurs territoires de nidification. Les Grandes aigrettes qui ont passé tout l’hiver dans la vallée de la Sauer sont également reparties rejoindre leurs sites de reproduction.

Pour d’autres c’est l’heure de revenir chez nous : Grive musicienne, Pouillot véloce, Bergeronnette grise, Rouge queue noir, Accenteur mouchet sont parmi les premiers à revenir d’une courte migration. Les chants qui sont des manifestations territoriales, se font entendre un peu partout, le Pic vert, le Merle noir, la Grive musicienne, la Grive draine, le pinson des arbres et la Mésange charbonnière sont parmi les plus actifs en fin d’hiver. De nombreux autres oiseaux migrateurs devant parfois effectuer plus de 5000 kilomètres nous rejoindront dans le courant du printemps.

Quelques papillons de jour ont hiberné dans un abri sous forme adulte comme le Paon du jour, la Grande Tortue, la Petite Tortue, le Vulcain ou le Robert le diable et volent dès que l’ardeur du soleil les réveille. Le Citron dont le corps est doté d’un antigel passe tout l’hiver au sol dans la litière forestière et peut se laisser ensevelir par la neige, mais profite des moindres conditions favorables pour voler. Fin 2015, quelques jours avant Noël dans des conditions exceptionnellement favorables plusieurs Citrons volaient en forêt au soleil à Lembach.

La très grande majorité des insectes passe néanmoins l’hiver sous forme de larves enfouies dans le sol et y effectuent leur mutation et passer du stade larvaire à l’imago (insecte adulte), ils n’émergeront que lorsque les conditions environnantes le permettront. Ces larves serviront aussi de nourriture à de nombreux oiseaux passant l’hiver chez nous.

L’Ornée est un papillon de nuit de la famille des Phalènes. Il s’agit d’une espèce rare en France comme en Allemagne. Il apparaît à la fin de l’hiver jusqu’à mi-avril sur les prés du Wiede. La femelle ne possède que des moignons d’ailes elle est donc totalement inapte au vol, celle-ci reste donc confinée dans les herbes sur des surfaces très réduites. Autre particularité ces papillons ne possèdent que des mandibules atrophiées qui ne leur permettent pas d’absorber de nourriture. Ils vivent donc sur les réserves accumulées par la chenille au cours de son développement. Celle-ci se nourrit de nombreuses plantes basses tout au long de leur cycle. L’espèce est liée aux milieux herbeux et donc très exposée aux perturbations humaines comme l’épandage de fumier, le nivellement des prés ou la fauche précoce pour les chenilles.

Fin Février les grenouilles rousses commencent à se manifester et pondent dans tous les espaces aquatiques disponibles même souvent temporaires ce qui cause souvent la perte de nombreux œufs ou têtards si le printemps se montre trop sec.
Fin Mars la grande migration des Crapauds communs débute. Ils ont hiberné en forêt sous terre et entreprennent une migration périlleuse pour se reproduire. L’étang du Fleckenstein constitue l’un des plus important sites de reproduction du crapaud en Alsace comptant plus de 5000 individus. Malheureusement malgré les aménagements de la DDE de nombreux crapauds sont toujours écrasés sur les routes. Les tritons alpestres et palmés effectuent également cette même migration subissant les mêmes risques. La Salamandre tachetée est bien plus rare, elle hiverne près de ses sites de reproduction et se trouve donc moins exposée à ces dangers.

Le Leste brun est une petite libellule à la biologie très particulière. Alors que toutes les autres espèces de cette famille passent l’hiver sous forme de larves dans l’eau, le Leste brun hiverne au stade adulte dans le bois mort ou la litière forestière. Il réapparaît aux premiers rayons de soleil de Mars se nourrir des premières mouches et moucherons et rejoindra les milieux aquatiques dès le début du printemps pour se reproduire puis disparaître. Ce comportement très particulier le fait souvent passer inaperçu.

Les premières fleurs apparaissent vers la fin de l’hiver. Le Daphne Bois gentil est un arbrisseau rare dans les Vosges du Nord. A Lembach il ne subsiste plus que dans une seule station dans le bois calcaire du Forlen au Nord du village. Ses fleurs rouges apparaissent à partir de mi-février mais sont discrètes.
Les fleurs typiques de fin d’hiver apparaissent en Mars voire avant si l’hiver a été clément comme cette année. Anémones sylvestres, Lamiers pourpres, Ficaires, Tussilages, Pissenlits entre autres, viennent très tôt donner des couleurs à notre environnement et attirent inévitablement les insectes qui se nourrissent du nectar et du pollen produits par les fleurs. Les fleurs de Saules sont très recherchées par de nombreux insectes au sortir de l’hiver.

80% des plantes n’existeraient pas sans les insectes qui bien involontairement transporteront en butinant de fleur en fleur, le pollen des étamines (organes mâles des fleurs) sur le pistil (organe femelle) et donneront des graines ou des fruits et assurent ainsi la pérennité des espèces. Cette association appelée symbiose profite tous, aux fleurs, aux insectes mais aussi à nous qui partageons le même environnement et en récoltons les fruits.

Les premières abeilles sauvages apparaissent en même temps que les fleurs. Encore largement méconnues elles sont très sensibles aux activités humaines qui peuvent être une importante menace en cas de perturbations de leur environnement. Une majorité d’abeilles sauvages (appelées aussi abeilles solitaires) creusent leur nid isolément à même le sol à proximité de leurs sources de nourriture. Andrènes bicolores, Omies cornues, Abeilles charpentières sont parmi les premières à investir les fleurs. Beaucoup d’autres suivront en fonction de l’évolution de la saison et donc de la végétation. Chacune est spécialisée dans une ou plusieurs familles de plantes voire parfois d’une seule fleur.
L’abeille mellifère est le seul insecte qui a été domestiqué par l’homme pour sa capacité à produire du miel bien plus importante que ses propres besoins. Peu d’abeilles sauvages peuvent produire du miel. Les bourdons grâce à leur mode de vie social et disposant d’ouvrières en sont capables mais en quantité limitée et ce uniquement pour nourrir leurs larves. Peu sensibles à la fraîcheur ambiante ils sont capables de butiner même par temps gris et pluvieux. Si le printemps est frais et humide ils peuvent devenir les principaux agents pollinisateurs de nos arbres fruitiers.

Le Grand Bombyle de la famille des Diptères (mouches) vole dès la fin de l’hiver, il ressemble à un petit Bourdon et utilise cette ressemblance pour parasiter diverses abeilles sauvages, pondant ses œufs dans les nids des abeilles à la moindre occasion. Les cas de parasitisme sont fréquents dans le monde des insectes. Le Grand Bombyle butine les fleurs en vol sur place et récolte le nectar grâce à sa longue trompe qu’il déplie.

Les chauves souris qui ont hiberné dans les cavités souterraines tout l’hiver se sont réveillées et parties en quête de nourriture constituée exclusivement d’insectes ce qui en fait de précieux alliées de l’homme. Ils abandonneront la fraîcheur de leurs sites d’hibernation pour retourner dans les endroits chauds (arbres, toits des maisons, clochers) pour l’élevage de leur progéniture.

Au fil de l’avancée du printemps notre environnement subira une très importante mutation nous apportant une panoplie de couleurs et une multitude de formes animales et végétales liées l’une à l’autre par un fil invisible. Certaines sont très communes d’autres beaucoup plus rares voire exceptionnelles, toutes font partie de notre patrimoine naturel au même titre que le patrimoine paysager culturel ou historique, mais sur lesquelles planent en permanence de nombreuses menaces anthropiques risquant d’appauvrir considérablement et rapidement notre biodiversité et donc la qualité de notre environnement.

texte et photos François Spill

[tab:Printemps (2)]

Malgré un printemps capricieux notre environnement s’est rapidement métamorphosé.
Une multitude de couleurs témoigne de cette renaissance nous faisant oublier la grisaille de l’hiver qui aura été long et humide.

Tous oiseaux migrateurs sont tous de retour mi-Mai.
Seuls les oiseaux insectivores ont migré, les granivores ou ceux qui ont la faculté de modifier leur régime en automne restent chez nous toute l’année.
La migration est due à l’absence d’insectes en hiver, ceux-ci constituent une part très importante de leur nourriture durant toute la saison estivale. Ils sont donc obligés de partir parfois très loin vers le sud pour trouver des milieux qui leur procurent la nourriture nécessaire. Au printemps leur instinct leur indique que les conditions sont redevenues favorables sous nos latitudes et ils se hâtent pour retrouver leur territoire de reproduction.

Les premières hirondelles et le coucou symboles du printemps étaient à l’heure début avril.
2 espèces d’hirondelles sont présentes chez nous :
– L’hirondelle de fenêtre qui accroche son nid sous les toits des maisons, elle a colonisé les villes et villages depuis les premières constructions humaines. Auparavant elle nichait dans les parois rocheuses. Elle est bien reconnaissable à sa petite taille et à son croupion blanc.
– L’hirondelle rustique est plus grande et niche à l’intérieur des granges où elle installe son nid à l’abri des intempéries et riche en mouches. Le bétail se faisant de plus en plus rare ses effectifs ont diminué de façon conséquente.
Le Martinet noir est souvent confondu avec les hirondelles, il est très sombre et sa taille est plus importante. C’est un grand migrateur qui a la particularité de ne jamais se poser, il vole même en dormant ! Seule la femelle se pose pour couver les œufs sous le toit d’un bâtiment. Il reste chez nous environ 100 jours tout juste le temps de mener à terme une nichée.
Le Serin cini, la Fauvette à tête noire, les Rouges queues noirs et à front blanc font à nouveau entendre leur chant dans tout le village où les vergers alentours qu’ils apprécient particulièrement. La Pie grièche écorcheur fréquente les vergers avec des haies, elle est de retour début Mai. Elle peut empaler ses proies (sauterelles, criquets, gros hyménoptères et même de petits rongeurs) sur dans les buissons épineux ou le fil de fer barbelé à proximité de la haie où elle niche.

Bien des papillons de toutes tailles migrent également comme le Moro sphinx ou la Belle dame, ils peuvent traverser la Méditerranée pour se reproduire chez nous, d’autres viendront d’Europe du Sud en traversant les cols alpins. D’autres encore ne seront que de passage chez nous et iront bien plus loin vers le Nord. Ils peuvent effectuer des migrations de plus de 3000 kilomètres ! Ces mêmes papillons ne seront plus en mesure d’effectuer la migration de retour, c’est leur descendance qui guidée par l’instinct repartira en fin d’été vers des cieux plus cléments. Certaines années lorsque les printemps sont chauds ces migrations peuvent être particulièrement importantes. Pour d’autres papillons comme la Piéride du chou ou le Machaon des individus migrateurs viendront renforcer les populations sédentaires avec une migration de retour partielle.
De nombreux papillons de toutes les tailles et couleurs, diurnes ou nocturnes sont apparus pour profiter de l’abondance de nourriture produite par les fleurs leur faisant emporter au passage un peu de pollen qu’ils disperseront au hasard des plantes fréquentées et participant ainsi la reproduction des fleurs.
L’Aurore de la Cardamine est l’un des premiers papillons du printemps et vole dès début Avril et en Mai dans les endroits ombragés riches en Cardamines. Le Machaon est l’un des plus grands et des plus beaux papillons de notre région, il n’est jamais commun et se reproduit dans les grandes surfaces herbeuses riches en fleurs.
L’Ensanglantée de l’oseille est un petit papillon qui vole à partir du mois de Mai sur les prés secs riches en Oseilles. Plus répandu sur les friches sablonneuses à Obersteinbach il est néanmoins parfois vu sur les prés non pâturés du Gries. Bien que faisant partie de la famille de Phalènes qui sont des papillons nocturnes, il est actif en plein jour.
La Panthère est également une Phalène aisément visible de jour sur les lisières forestières riches en fleurs comme le Lamier out la Sauge.

Sous terre à l’abri des regards une importante mutation a eu lieu, celle-ci a débuté dès la fin de l’hiver et se prolonge durant toute a saison estivale. Elle a transformé de nombreux œufs ou larves en insectes adultes en passant par de nombreuses mues qui modifient la taille et l’aspect de la larve. De nombreux oiseaux se reproduisent alors synchronisant leur nidification avec cette période d’abondance de nourriture qui leur est offerte et qui est essentielle à l’élevage de leur couvée.
Les pontes d’insectes comportent souvent des centaines d’œufs voir davantage, mais seule une infime partie atteindra le stade adulte. Tous, tantôt prédateurs, tantôt proies ils sont un maillon essentiel dans la chaîne de la vie. Une cohorte de prédateurs grands ou petits aura la lourde tâche de maintenir l’équilibre dans notre environnement. Les araignées et les fourmis qui ne sont pourtant pas toujours les bienvenus participent également très activement à ce travail colossal.

Les premières abeilles sauvages émergent en Mars. Ce sont souvent des femelles  qui ont hiverné au stade adulte dans une petite loge qu’elles ont aménagés le plus souvent dans le sol, mais pour d’autres aussi dans le bois mort ou les cavités naturelles des pierres. Celles-ci récolteront alors le nectar et le pollen sur les fleurs printanières afin de nourrir leurs larves qui émergent au cours du printemps et de l’été. Si les fleurs de pissenlit sont particulièrement appréciées en début de printemps l’évolution de la flore diversifiera rapidement les sources de nourriture et donc aussi la variété des pollinisateurs.
Certaines abeilles très rares peuvent encore être vues chez nous dès le printemps dont Melecta luctuosa (malheureusement aucun nom vernaculaire n’existe pour cette abeille comme pour de nombreux insectes). Celle-ci vit aux dépends d’autres abeilles souvent tout aussi rares. Cette année une seule observation a pu confirmer sa présence très localisée à Lembach bien que les fleurs qu’elle butine soient encore bien répandues. Elle est en fort déclin partout, dans le Baden Württemberg voisin elle est classée en liste rouge 2 soit très menacée d’extinction.

Au cours du mois de Mai les premières libellules ont émergé des milieux aquatiques, à l’étang du Fleckenstein notamment. Elles ont passé parfois plusieurs années dans l’eau sous forme de larves prédatrices avant de se transformer en insectes ailés grands consommateurs de mouches moucherons et même d’hyménoptères.

Les tritons alpestres et les salamandres sont retournés dans leurs mares et fossés remplis par les eaux de l’hiver et du printemps pour s’y reproduire. De nombreuses jeunes salamandres colonisent les milieux humides dés la fin de l’hiver mais n’en sortiront qu’en début d’été. Les salamandres adultes ne restent pas dans l’eau, elles nagent très mal, elles sont ovovivipares et pondent donc des jeunes déjà formés en bordure des sites de reproduction.
Le triton palmé est plus rare que le triton alpestre et fréquente les mêmes milieux, il lui ressemble beaucoup mais il est plus petit et se caractérise par ses pattes arrières palmées.
Le sonneur à ventre jaune, petit crapaud devenu rare de 3 centimètres semble bien avoir disparu de la forêt de la Kaiserschell probablement en raison de la fermeture naturelle du milieu. Il se contente de petits fossés ou ornières situés mi-ombre mi-lumière, mais il pourrait bien encore être présent localement à Mattstall.

Sur les prés entre Lembach et Wingen l’orchis bouffon est la première orchidée à faire son apparition, elle est souvent commune, généralement de couleur pourpre, elle peut néanmoins parfois se présenter une forme totalement blanche. Elle y côtoie souvent l’orchis brûlé beaucoup plus discrète et dont le nombre a diminué ces dernières années. L’orchis grenouille semble même avoir disparu suite à l’évolution des pratiques agricoles appauvrissant inéluctablement la diversité floristique.
L’orchis à larges feuilles est la seule orchidée présente chez nous sur les prés humides, elle est bien reconnaissable à ses feuilles tachetées.
Les friches calcaires comportent des orchidées plus rares aimant la chaleur et profitant des sols naturellement bien drainés. L’orchis pourpre est une grande espèce, elle est localement bien visible et fleurit dès le début du mois de Mai. Elle côtoie parfois l’orchis militaire, l’orchis mâle et l’orchis bouc qui se singularise par ses fleurs très allongées et dégageant une odeur parfois désagréable. La Listère ovale est commune mais passe souvent inaperçue par sa couleur totalement verte, elle affectionne les endroits frais et ombragés.
D’autres orchidées apparaîtront encore jusqu’en juillet.
50 % des orchidées d’Alsace et des Vosges soit plus de 25 variétés, sont présentes dans la Haute vallée de la Sauer et témoignent également de la richesse de notre environnement.

Durant tout l’été la symbiose entre faune et flore permettra le développement d’une vie foisonnante mais souvent discrète dans un environnement harmonieux varié et naturel permettant toujours de nombreuses découvertes ce qui en fait également l’attrait de nombreux citadins.

texte et photos François Spill

[tab:Été]

Les belles journées estivales nous ont rapidement fait oublier les désagréments du printemps et au cours de cette saison estivale la nature nous a dévoilé de nombreux trésors.
Cela avait pourtant bien mal commencé. En raison des conditions climatiques très défavorables de ce printemps de nombreuses nichées d’oiseaux ont été détruites ou n’ont pu être alimentées faute de nourriture disponible. Pour pallier à ces intempéries beaucoup peuvent accomplir des pontes de remplacement dès que les conditions redeviennent favorables.
La pollinisation des fleurs n’a pas pu se faire dans conditions optimales mais chaque rayon de soleil a été mis à profit par les abeilles et les papillons entre autres pour accomplir leur tâche permettant leur reproduction et celle de plantes.
Avec cet afflux d’humidité les herbes ont poussé de façon impressionnante empêchant la pousse de certaines fleurs liées aux milieux très secs et ras. Certaines plantes comme les orchidées n’ont pas ou presque pas pu fleurir dans ces conditions, l’orchis pyramidal, l’ophrys abeille et l’orchis bouc n’ont été vus que très rarement.

Les Martinets noirs sont repartis en Afrique fin Juillet, les Coucous aussi laissant leurs jeunes élevés isolément par différents petits oiseaux retrouver tout seul le long chemin qui les mènera en Afrique guidés par leur instinct inné.

Fin Mai 2015 j’avais eu la grande surprise de découvrir un tout petit papillon qui après de nombreuses recherches s’est révélé être une première observation pour toute la France.
Cette année j’ai eu la chance de le retrouver sur un site calcaire au-dessus du village pour en capturer un qui après analyse par un spécialiste national a bien confirmé qu’il s’agissait d’une nouveauté pour la France. Suite à cette découverte j’ai été amené en septembre 2016 à publier un article la revue Oreina traitant des papillons de France.
Malheureusement ce site a depuis connu de grands bouleversements entraînant la disparition de nombreuses richesses dans notre biodiversité comme la gentiane ciliée, l’abeille parasite Dioxys tridentata très rare et menacée partout et qui a déjà disparu du Palatinat.
Une faune et une flore riche avaient su profiter des espaces naturels délaissés temporairement par l’homme. Une centaine de petites abeilles plus ou moins communes pouvait y nicher sur  1 m² dans le sol pierreux, milieu qui leurs était très favorables. Sa perturbation entraîne inévitablement une importante perte de biodiversité.

Le Steinbach et la Sauer abritent le Gomphe serpentin une libellule que l’on peut facilement observer même à quelque distance de l’eau chassant les insectes à l’affût sur une branche ou au sol se chauffant au soleil. Si celle-ci n’est pas rare chez nous ce n’est pas pour autant une espèce commune partout, elle est absente dans la plus grande partie de la France. Il s’agit d’une libellule protégée dont les populations peuvent être menacées par la dégradation de la qualité des cours d’eau où elle se reproduit.

Début Septembre les pêcheurs de l’étang du Fleckenstein on pu assister à un spectacle rare avec la présence d’un Balbuzard pêcheur plongeant régulièrement dans l’eau essayant d’attraper un gros poisson avec ses griffes acérées. Il s’agit d’un aigle pêcheur de grande taille qui passe parfois chez nous lors de ses migrations d’automne ou de printemps. Grâce à la protection dont il bénéficie actuellement ses effectifs sont en augmentation et les chances de l’observer aussi.

Cet été j’ai découvert le Grillon d’Italie qui est présent très localement dans les friches bien exposées au soleil il est beaucoup plus rare que les grillons champêtres et des bois, on entend son chant monotone mais puissant lors des journées d’été sans vent.
La Mante religieuse est encore bien présente sur un site à Lembach dans un milieu pierreux et chaud. Les œufs ont éclos fin Mai et les larves, répliques minuscules des adultes adoptent immédiatement un comportement prédateur et se nourrissent de toutes les formes de vie qui leur sont accessibles. Elles seront également la proie des nombreux prédateurs comme les oiseaux. 3 mois plus tard elles seront adultes et après l’accouplement le mâle sera parfois dévoré par la femelle qui n’y verra plus que source de protéines pour permettre le développement optimal de ses œufs avant la ponte. Elle se présente sous deux couleurs, principalement verte mais la forme brune n’est pas rare, elles sont ainsi presque invisibles dans leur environnement.

Les serpents en font partie de ces animaux craints pour leur apparence hostile. Seules 2 espèces de couleuvres sont présentes chez nous, la couleuvre à collier qui est fréquente dans les milieux humides et la coronelle lisse plus petite souvent confondue avec une vipère. Ces serpents inoffensifs pour l’homme sont totalement protégés en France. Ils se nourrissent principalement de petits rongeurs et de batraciens, surtout dans les endroits humides mais parfois aussi parfois dans des milieux très secs. Leur pupille ronde les différencie des vipères.
Malgré son apparence l’orvet n’est pas un serpent mais un lézard qui a perdu ses pattes au fil l’évolution, il passe beaucoup de temps sous terre chassant des insectes et des vers de terre, on le rencontre parfois dans les jardins du village.

L’Aster amelle est bien représenté à Lembach autour d’une ancienne carrière dans un milieu calcaire bien exposé au soleil. Cette plante très rare est totalement protégée en France, elle affectionne la chaleur et ne doit certainement sa présence actuelle qu’à son accès difficile. Elle est aussi présente à  Wingen dans un site géré par le Conservatoire des Sites Alsaciens. En Allemagne la station la plus proche se trouve beaucoup plus au Sud dans l’ancien massif volcanique du Kaiserstuhl.

Du côté des abeilles sauvages au cours de cet été 2016 la prospection d’une ancienne carrière de calcaire a  réservé de belles découvertes comme Andrena schencki qui recherche de Mai à Juillet des milieux très fleuris avec notamment de grands massifs de trèfles, Megachile pyrenaea qui était aussi présent sur le site en travaux en 2016 a été retrouvé dans ce milieu très pierreux. Osmia ravouxi a également été vue construisant son nid dans une petite fente de rocher. Ces 3 abeilles sont toutes très rares et sur liste rouge en Allemagne et ne figuraient pas encore sur la liste des abeilles sauvages d’Alsace déjà riche de 355 espèces différentes (2015).

La petite abeille parasite Coelioxys afra elle aussi très menacée partout fréquente les friches fleuries où nichent leurs hôtes, principalement Megachile pilidens qui est presque aussi rare. Celle-ci a pourtant été régulièrement été vue cette année dans ce milieu pierreux à Lembach. Près de 25 % des abeilles sauvages sont des espèces parasites (appelées aussi abeilles coucou), celles-ci ne construisent pas de nid mais pondent dans les nids d’autres abeilles, leurs larves se développeront au détriment de leur hôte. Elles sont toutes spécialisées sur une ou plusieurs abeilles. Au final presque toutes les abeilles sauvages possèdent leur hyménoptère parasite, même les bourdons sont parasités par des bourdons coucous d’apparence souvent très similaires. La nature étant bien faite, un équilibre immuable entre parasites, prédateurs et proies s’établit comme cela a toujours été et chaque espèce sera en mesure d’assurer sa descendance.

Sur les petits talus de sable sous le Schuhfels subsiste quelques taches de Callune (bruyère) qui m’ont permis de retrouver 2 variétés d’abeilles très rares : Andrena fuscipes et Colletes succintus toutes 2 liées exclusivement à cette plante qui mériterait toute notre attention afin de préserver leurs milieux de vie. Ces 2 abeilles sauvages sont classées en danger ou vulnérable dans le livre rouge des espèces menacées en Alsace ainsi qu’en Allemagne.
A l’étang du Fleckenstein la Salicaire fleurit en août, il s’agit d’une belle et grande plante assez commune chez nous dans les milieux humides. Cette année j’y ai pu voir de nombreuses abeilles sauvages Melitta nigricans qui butinent exclusivement sur ces fleurs tout au long de leur floraison. Il s’agit d’une abeille qui s’est fortement raréfiée en Alsace comme en Allemagne en raison de la fauche fréquente des fleurs juste avant ou pendant leur floraison.

La Collète du Lierre est apparue depuis une dizaine d’année dans notre région, au départ beaucoup plus méridionale elle a entrepris une rapide remontée vers le Nord et une colonie de quelques dizaines de nids se reproduit dans un talus calcaire à Lembach, celle-ci butine presque exclusivement sur les discrètes fleurs de lierre en fin d’été.
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Les Chrysis ou guêpes dorées sont de petites guêpes aux couleurs vives, leur taille ne dépasse généralement pas 1 cm. Celles-ci vivent toutes en parasites aux dépends de nombreuses abeilles sauvages dont les Osmies autour desquelles ils rodent en permanence guettant le moment propice pour pénétrer dans le nid. Il existe chez nous une grande variété de Chrysis, chacun possède son ornementation caractéristique alternant les différentes nuances de bleu, de rouge et de vert.

Abeille, guêpe, mouche ? Et si c’était un papillon ? Il faut souvent un œil attentif pour les différencier. Beaucoup d’insectes font tout pour paraître plus dangereux qu’ils ne sont en réalité. Les Sésies sont des papillons diurnes difficiles à voir et ils possèdent tous cette particularité qui peut faire reculer plus d’un prédateur.
Une quinzaine d’espèces de Sésies ont déjà été trouvées autour de Lembach dont la plus grande la Sésie du peuplier ressemblant à un gros frelon et la plus rare la Sésie de la bugrane dont la seule station connue dans l’est de la France a malheureusement été détruite en 2016 suite aux travaux de construction sur le site qui l’abritait. Sa redécouverte reste possible mais les grands massifs de bugrane, plante indispensable au développement de ce papillon sont très rares et liés aux friches calcaires.

La Thécla du bouleau bien que de taille modeste fait partie de nos plus beaux papillons. En général c’est vu du dessus des ailes que les motifs se dévoilent. Mais pour ce papillon c’est le dessous des ailes qui le rend attractif. Cette année je ne l’ai vu qu’une seule fois en Août le long d’un chemin forestier sablonneux. Il apprécie les lisières forestières riches en végétation  comportant de petits bouleaux mais aussi des prunelliers sur lesquels les chenilles se nourrissent.

L’Ecaille chinée est un magnifique papillon nocturne, mais également bien visible le jour sur les Eupatoires chanvrines qui fleurissent en Août. Souvent il se tient les ailes fermées et reste très discret, à la moindre alerte il fait apparaître ses ailes postérieures d’un rouge éclatant ce qui peut faire fuir bien des prédateurs.

Passer inaperçu dans son environnement est le meilleur moyen de défense de nombreuses formes de vie. Au fil de l’évolution certains y ont réussi de façon spectaculaire tel le Bucéphale, papillon de nuit d’une envergure de 5 à 6 cm, pas rare en forêt, mais plus d’une fois ses ennemis se laisseront berner par cette apparence de débris végétal immobile en journée.

Les animaux grands ou petits ainsi que les fleurs ne sont là par hasard pour décorer notre environnement, chaque élément y possède une place très précise dans le fonctionnement des écosystèmes. Ils témoignent d’un environnement potentiellement encore très riche grâce à la qualité de certains milieux.

Une petite faune secrète souvent remarquable par sa biologie, son intérêt écologique ou sa rareté occupe encore des milieux très localisés non soumis à la convoitise humaine et agrémente notre biodiversité. Ils sont le refuge des nombreuses espèces rares et parfois uniques dans la région. La conservation des quelques zones naturelles et leur gestion adaptée sont indispensables à la préservation de ces petits trésors naturels qui ont déjà disparu de très nombreux endroit.

texte et photos François Spill

[tab:Automne]

L’automne marque la transition entre la saison estivale et l’hiver en passant par un feu d’artifice de couleurs éphémères. Encore engageante au début la nature se transforme radicalement sous l’effet des premières rigueurs pré hivernales. Avec le rapide raccourcissement des jours et l’arrivée progressive de la fraîcheur la sève ne circule plus dans les végétaux, ceux-ci perdent leurs feuilles privant de nourriture de nombreuses formes de vie qui en dépendent. Celles-ci sont alors obligées de s’adapter à cette mutation qui fait partie du cycle immuable de notre environnement. Ils déploieront tous leur propre stratégie pour faire face à ce changement radical que leur instinct permet d’anticiper.

Contrairement à une idée bien ancrée le froid ne tue pas les petits insectes, ceux-ci sont parfaitement adaptés à l’hiver. Une grande partie meurt effectivement mais qu’il fasse très froid ou non, ce seront leurs œufs ou leurs larves qui passeront l’hiver bien abrités. Ceux-ci seront alors toujours exposés aux nombreux prédateurs actifs toute l’année comme les oiseaux dont la survie dépend de cette source de nourriture.

Le bois mort est un refuge pour de nombreuses formes de vie toute l’année, en automne il est occupé par de nombreux insectes en particulier leurs larves mais aussi les adultes de grands coléoptères qui se réfugient sous les écorces. Actuellement le bois mort n’est plus systématiquement éliminé dans nos forêt ce qui est un élément important pour le maintien de la biodiversité abritant toute une nombreuse petite faune et des champignons tous nécessaires à la transformation naturelle du bois mort en humus.

En début d’automne la vie se déploie encore sous de nombreuses facettes. Malheureusement la chaleur et la sécheresse de cette fin d’été n’ont pas permis aux fleurs de s’épanouir comme d’habitude et beaucoup se sont très vite desséchées ne produisant ni nectar ni pollen. Les rares fleurs qui ont résisté à ces conditions ont été prises d’assaut cet automne par les abeilles les papillons entre autres qui ont ainsi pu trouver quelque subsistance.

En Octobre grâce à la pluie bienvenue bien des insectes ont encore pu profiter des conditions climatiques favorables avec un foisonnement de vie parfois digne de l’été lors des heures les plus chaudes de la journée surtout à proximité des fleurs.

Parmi les abeilles sauvages les Lasioglossum calceatum sont fréquents en automne, ils se nourrissent du nectar récolté sur diverses fleurs comme les Séneçons à feuilles de roquette ou la Centaurée jacée. Au fil de l’automne chez de nombreuses abeilles les femelles deviennent de moins en moins visibles, elles se retirent progressivement dans le nid qui abrite leur ponte et hiberneront jusqu’aux premiers rayons de soleil de la fin d’hiver. Les mâles butineront encore les quelques fleurs disponibles puis disparaîtrons par manque de nourriture et engourdis par le froid. L’abeille Sphecode à labre blanc vole au début du printemps mais aussi en en automne butinant sur une grande variété de fleurs le long des chemins forestiers avant son hibernation.

A l’étang du Fleckenstein plusieurs variétés de libellules sont restées actives jusqu’aux premières gelées, le Sympetrum sanguin en particulier dont le mâle arbore sa couleur rouge vif alors que la femelle est beaucoup plus discrète. L’automne y est aussi marqué par l’apparition de nombreuses Phryganes à l’allure de petits papillons nocturnes, leurs larves sont bien connues des pêcheurs à la ligne, il s’agit de porte bois appelés ainsi car la larve aquatique se forge un fourreau de brindilles pour se camoufler. Malgré cela elles n’échapperont pas à de nombreux prédateurs aquatiques, ailés comme le Cincle plongeur ou les poissons pour lesquels elles constituent une part importante de nourriture.

Il existe chez nous une grande variété de fourmis dont la plus connue est la fourmi des bois qui construit de grands nids en forme de dôme formé de débris végétaux. Toutes passeront l’hiver bien abritées au sein de leur colonie dans des galeries souterraines qu’elles auront creusé, sous l’écorce de certains arbres, dans le bois mort ou dans de grandes fourmilières qui sont bien visibles chez la fourmi rousse. En hiver celles-ci seront parfois éventrées par le pic noir ou le blaireau à la recherche de nourriture. Lorsque la fourmilière est active les fourmis rousses sont capables de projeter de l’acide formique jusqu’à une distance de 50 centimètres en cas de danger pour éloigner leurs prédateurs. Le geai des chênes n’est pas un prédateur de fourmis mais il sera traité comme tel, il ne visite les fourmilières que pour enduire ses plumes d’acide formique nettoyant ainsi son plumage ce qui constitue pour lui une toilette originale mais efficace le protégeant de nombreux parasites dans son plumage.

Les fourmis sont des insectes sociaux par excellence, une seule colonie de fourmis rousses peut abriter des millions d’ouvrières, toutes l’entretiennent, la défendent, nourrissent leur reine et leurs larves, emmagasinent leur nourriture pour faire face à l’hiver. Elles assurent un service de nettoyage de la forêt, elles sont omnivores et ramènent au nid tout ce qui leur est accessible, leur force c’est leur nombre. Elles récoltent aussi bien des matières végétales que de petits insectes morts ou vivants ainsi que des larves ou des chenilles. La fourmi rousse est protégée en France pour son rôle fondamental dans l’équilibre de l’environnement mais leurs grandes fourmilières se font de plus en plus rares.

La Pyrale du buis est un papillon nocturne importé accidentellement d’Asie en Europe en 2005 et qui s’est rapidement répandu. Les chenilles se développent sur les buis ornementaux que l’on retrouve souvent dans les jardins à Lembach. Il n’est donc pas étonnant que ce papillon soit actuellement présent chez nous depuis au moins la fin de cet été. La chenille se nourrit des feuilles de buis ce qui peut représenter une menace pour cette plante, mais celle-ci semble bien être la seule sur laquelle les chenilles se nourrissent. Elles peuvent en consommer la totalité de leurs feuilles et tissent alors un réseau de fils de soie qui les abritent. Les oiseaux des jardins sont les seuls à pouvoir limiter naturellement leur expansion trouvant là une nourriture abondante dont ils ne se priveront pas.

Grâce à l’automne clément que nous avons connu la mante religieuse et le grillon italien ont été actifs jusqu’à fin octobre puis ont brutalement disparu fin dès les premiers frimas par manque de nourriture. La mante religieuse pond en fin d’été ses œufs dans un nid collectif de près de 5 cm appelé oothèque qui peut abriter plus de 100 œufs, ceux-ci qui passeront l’hiver exposés aux intempéries et résistant à des températures de – 20°.

Les premières chauves souris se retirent pour hiberner dans leurs cachettes à partir d’octobre.
Parmi elles les Murins à oreilles échancres dont certains sont parmi les premières à rejoindre leur gîte hivernal dans lesquels plusieurs dizaines d’individus sont parfois présents. On retrouve certaines au même emplacement durant toute la saison froide. On ne connaît pas leur provenance, aucune colonie de reproduction n’est connue dans un rayon de 30 km. L’oreillard est très nomade durant la saison froide et change souvent de site en fonction des conditions climatiques.
La plupart de ces mammifères volants profiteront des nombreux insectes nocturnes volant en cette saison notamment les papillons nocturnes dont certains n’apparaissent que très tard dans l’année. Ceux-ci sont souvent abondants même par temps froid et constituent un apport alimentaire important pour eux en prévision de l’hiver qui les obligera à vivre sur les réserves accumulées en automne.

On peut souvent voir ces papillons posés le jour autour des lampadaires sur les murs clairs, sur les vitres ou la nuit volant dans les phares des voitures. Il s’agit souvent de Phalènes dont beaucoup possèdent en cette saison une particularité qui fait que seuls les mâles sont aptes au vol. Les femelles ne possèdent que des moignons d’ailes elles ne peuvent ni se déplacer ni se nourrir, elles attirent les mâles par des phéromones chimiques que nous sommes incapables de percevoir.
Certains de ces papillons nocturnes comme la Phalène brumaire ou l’Hibernie défeuillante peuvent être très nombreux.
Le Bombyx du Peuplier est l’un des derniers papillons nocturnes à voler jusqu’à début Décembre il est parfois abondant bien que généralement très peu visible bien caché le jour dans des recoins connus de lui seul, chez ce papillon mâles et femelles volent.

Rares sont les papillons qui passent l’hiver sous forme adulte. La Découpure compte parmi les exceptions, c’est un papillon nocturne de la famille des Noctuelles, celui-ci est très peu visible en saison estivale. Par contre dès les premiers froids en automne ils apparaissent en nombre dans toutes sortes d’abris souterrains pour y passer l’hiver. Il arrive que dans ces refuges plus d’une centaine de ces papillons y soient rassemblés sur quelques mètres carrés en attendant des jours meilleurs. Le Paon du jour l’un de nos plus beaux papillons diurnes se retrouve souvent à proximité dans ces endroits.

La Sauterelle des chênes possède la particularité de ne fréquenter que les troncs d’arbres feuillus alors que tous les autres Orthoptères vivent au sol dans la végétation dont elles consomment les feuilles. Celle-ci est assez rare apparaît en fin d’été et reste active jusqu’aux premières gelées. Les sauterelles se distinguent facilement des criquets par leurs très longues et fines antennes.

Tout au long de l’année trouver sa nourriture est à la base de toute la chaîne alimentaire. En automne lorsque les conditions deviennent trop difficiles, tous les animaux devront s’y adapter ou partir vers des cieux plus cléments pour ceux qui en ont la possibilité.
Cette année les hirondelles nous ont quittées brutalement mi-septembre profitant des belles journées que nous avions alors connues. En cas de mauvais temps la migration s’arrête si leurs repères visuels qui sont le soleil le jour et les étoiles la nuit ne sont pas visibles.

Le Loir gris entre dans un très long sommeil qui peut durer 7 mois, généralement dans une cavité du sol ou un ancien nid de pic où ils se rassemblent pour former un abri collectif. Ce mammifère insectivore nocturne n’est pas rare chez nous mais il est très difficile à voir dans son milieu forestier.
Le blaireau entre en semi hibernation dans son terrier vers la fin de l’automne, il passera de longues journées à dormir, entrecoupées de quelques sorties qui lui permettront de trouver sa nourriture sans trop de peine grâce à son régime omnivore.

Le hérisson lui aussi passera la saison hivernale bien à l’abri sous une haie ou dans la litière  et plongera dans un sommeil qui durera plusieurs mois car son régime principalement insectivore ne lui permet pas de se nourrir en hiver. Il s’endort dès que la température diurne descend sous les 10°. Depuis quelques années on constate que de moins en moins de hérissons sont écrasés sur les routes. Cela ne constitue pas pour autant une bonne nouvelle car il est devenu bien rare, décimé sur les routes durant de nombreuses années. Lors de ses pérégrinations nocturnes il est souvent obligé de traverser les routes avec tous les dangers que cela comporte pour lui. Il s’agit pourtant d’un mammifère original  et attachant, protégé en France très utile dans notre environnement mais qui n’arrive pas à s’adapter aux obstacles que constitue le réseau routier.

Au fil de l’année la nature a dévoilé de nombreuses richesses avec bien des surprises qui ont mis en valeur tout l’intérêt de notre faune et notre flore, ce sont les rouages de cette machine d’une complexité extraordinaire et encore très riche contrairement à de nombreuses régions où les richesses naturelles se sont effilochées comme une peau de chagrin.

Mes nombreuses découvertes ont suscité l’intérêt de bien des spécialistes de la nature français et allemands. Grâce à cette collaboration franco allemande, 2 nouvelles variétés d’abeilles sauvages pour l’Alsace ont encore pu être déterminées cet automne : Osmia pilicornis et Osmia Anthocopoides toutes 2 classées très menacées en liste rouge en Allemagne, mais aussi Chrysura hybrida qui est une jolie guêpe parasite d’Osmies qui est bien représentée dans une ancienne carrière alors que celle-ci a pratiquement disparu d’Allemagne !

Potentiellement de nombreuses découvertes sont encore possibles mais le plus important est bien de prendre conscience de la valeur patrimoniale de notre environnement, ce sont des atouts qu’il convient de pérenniser en veillant à la préservation des milieux naturels encore disponibles. Aucune espèce rare ou non ne peut être maintenue si son milieu n’est plus approprié à sa biologie. Certaines formes de vie s’adaptent facilement aux modifications environnementales crées par l’homme, d’autres n’ont pas cette capacité et s’en trouvent fragilisées et menacées voyant leur espace disponible se rétrécir inéluctablement parfois jusqu’à leur disparition. Notre région reste une zone refuge pour de nombreuses formes de vie ayant souvent déjà disparu ailleurs et posséder une nature encore aussi riche n’est certainement pas négligeable par les temps actuels.

texte et photos François Spill

[tab:Les oiseaux en hiver]

En hiver alors que toute vie sauvage semble avoir disparu les oiseaux sont toujours actifs, ils animent notre environnement et y apportent quelques touches de couleurs.
Alors que de nombreux oiseaux ont fui l’hiver pour des régions plus hospitalières et souvent lointaines d’autres restent chez nous toute l’année, certains se rapprochent même des habitations en quête de nourriture. C’est l’occasion de les approcher et les admirer alors que le reste de l’année la plupart se tiennent loin de nous.

La fréquentation des mangeoires est généralement liée aux conditions climatiques. S’il ne fait pas trop froid ils trouveront de quoi subvenir à leurs besoins journaliers dans les alentours. Les faines et les glands sont souvent très recherchés en forêt par les oiseaux granivores, les noix et les fruits pourrissant dans les vergers sont également prisés. Dès que le sol est gelé ou enneigé cet accès sera plus difficile voir impossible et certains se rapprocheront alors des habitations pour profiter de notre générosité à leur égard.

Les Mésanges sont alors peu farouches et on peut facilement les observer ramasser les graines de tournesol qu’elles ouvrent coincées entre leurs pattes et dont beaucoup tombent alors parterre faisant alors le bonheur d’autres oiseaux plus habitués à prélever leur nourriture au sol. Plusieurs variétés de Mésanges peuvent alors facilement être vues. Les Mésanges charbonnières, bleues et nonnettes sont les plus fréquentes. Les Mésanges noires et huppées ont davantage de chance d’être observées près de la forêt dont elles ne s’éloignent pas trop sauf quand le besoin de nourriture se fait impérieux.
Une soucoupe peu profonde remplie d’eau est appréciée par les oiseaux en toute saison. Celle- ci leur permet d’effectuer leur toilette toujours spectaculaire et pourvoir à leur consommation d’eau.

Les graines de tournesol conviennent parfaitement aux nombreux petits oiseaux qui fréquentent les jardins, elles contiennent les protéines et matières grasses qui leurs sont nécessaires pour passer l’hiver. Le froid même glacial ne les dérange pas dans la mesure où ils ont de quoi se nourrir. Les boules de graisse sont également recherchées bien que la diversité des oiseaux y soit moindre, le Moineau domestique, la Mésange charbonnière et bleue les fréquentent majoritairement. Le Pic vert est régulier en hiver dans les jardins et les pelouses en quête de sa nourriture composée essentiellement de fourmis et de leurs nymphes qu’il déterre dans les espaces verts. Tous les Pics possèdent un bec puissant qui leur sert à creuser dans le sol ou le bois, vermoulu de préférence, recherchant en toute saison les insectes qu’ils détectent dans le bois même à travers de l’écorce grâce à des signaux acoustiques.

De nombreux oiseaux nous ont quitté en automne mais d’autres arrivent de régions plus au nord et à l’est où le manque de nourriture et la morsure de l’hiver peut les obliger à migrer. Quelques variétés ne sont présentes chez nous qu’en hiver mais elles sont peu nombreuses. C’est le cas des Pinsons du nord qui peuvent être parfois être abondant formant des troupes mixtes avec les Pinsons des arbres, certaines années, il peuvent aussi parfois être presque absents comme cela semble être le cas cet hiver.
Les Tarins des aulnes nichent aussi beaucoup plus au nord ou en montagne, ils arrivent aussi en fin d’automne se nourrissant alors des graines et des fruits sur les aulnes ou les bouleaux. Lorsque cette ressource est tarie ils se rapprochent des habitations et fréquentent souvent en nombre les postes de nourrissage. Les mâles sont facilement reconnaissables par leur tache noire sur le dessus de la tête. Il s’agit d’un des plus petits oiseaux fréquentant les mangeoires, souvent confondus avec le Verdier dont la taille est pourtant  bien plus grande.

Les Chardonnerets aux allures de clowns ailés se regroupent en troupes de quelques dizaines d’oiseaux et investissent les points de nourrissage principalement ceux situés en bordure du village souvent en compagnie des Pinsons des arbres et des Verdiers.
Le Pinson des arbres est l’oiseau le plus abondant de France toutes espèces confondues et reste chez nous toute l’année car il a pu modifier son régime alimentaire, insectivore à la belle saison il devient granivore en hiver. On peut facilement l’observer souvent en compagnie de nombreux autres passereaux se nourrir des graines tombées au sol. Les couleurs du mâle sont un peu plus marquées que chez la femelle.

Le mâle du Bouvreuil est remarquable par sa couleur éclatante, la femelle est beaucoup plus discrète. Ils fréquentent parfois les mangeoires isolément ou en petits groupes mixtes. Ils y côtoient aussi le Gros bec qui possède un bec beaucoup imposant que les autres oiseaux présents et qui lui sert parfois à s’imposer dans les troupes d’oiseaux affamées.

De petits groupes d’Etourneaux fréquentent les vergers en hiver et peuvent parfois venir aussi récolter quelques graines autour de nos habitations. D’allure banale ils sont pourtant étincelants de couleur dès que l’on peut s’en rapprocher. Le Merle noir peut être vu autour des maisons toute l’année, en hiver généralement isolé ou en petits groupes et peut se montrer parfois agressif vis-à-vis de ses congénères. La Tourterelle turque peut aussi consommer occasionnellement les graines tombées au sol ressemblant alors à des géants au milieu des autres oiseaux tous beaucoup tous beaucoup plus petits, elle fréquente toute l’année les milieux urbanisés pourvus d’espaces verts.
Le Rougegorge mène une vie solitaire presque toute l’année, il ne se mêle pas aux troupes d’oiseaux et ne supporte pas la présence d’un congénère en dehors du printemps. Il se contentera de ramasser quelques miettes ou graines au sol dans les jardins en profitant de quelques moments de calme.

La Sitelle torchepot est un hôte typique de la forêt toute l’année. Grâce à son bec acéré elle débusque comme les Pics des larves ou insectes coincés dans les écorces des arbres. Elle aussi peu se rapprocher isolément de nos maisons en hiver pour profiter d’une aubaine alimentaire. Le Grimpereau des bois lui aussi se nourrit des larves dans les fissures des arbres ce qui lui permet d’être présent toute l’année et fréquente parfois nos jardins en hiver.

Des troupes de quelques dizaines d’oiseaux peuvent parfois être présents autour des postes de nourrissage, plusieurs espèces de passereaux se côtoient pacifiquement mais tous restent sur leurs gardes, guettant le moindre danger aux alentours. Il suffit que l’un d’entre eux s’envole que tous en fassent de même. Le danger existe bien, ces attroupements attirent inévitablement des prédateurs comme l’Epervier d’Europe qui fond soudainement sur les oiseaux dont il se nourrit presque exclusivement toute l’année. Il s’agit de l’un de leurs prédateurs naturels qui met à profit sa vitesse pour capturer des oiseaux dont la réaction n’a pas été aussi prompte qu’il aurait fallu assurant ainsi sa propre survie.
Il ne s’agit pas du seul danger qui rode, les chats domestiques sont aussi attirés par ce manège. En se fondant dans le décor ils guettent ces proies tentantes. Leurs attaques sont souvent vouées à l’échec, mais à force de patience ils finiront parfois à y parvenir en profitant de la panique crée lors de leur attaque soudaine, mais leur butin ne sera pas toujours consommé. La vigilance des oiseaux surtout en troupes est difficile à prendre en défaut mais elle n’est pas infaillible.

De nombreux oiseaux ne se rapprochent pas du village pour profiter de notre générosité mais restent en forêt ou dans les vergers. Ils exploitent toutes les possibilités alimentaires disponibles ce qui permettra à la majorité de surmonter les rigueurs de la saison hivernale. Une couverture neigeuse rendra la tâche encore plus ardue et peut les obliger à se déplacer sur de courtes distances mais la plupart passeront la mauvaise saison en s’adaptant aux conditions même très rudes. Les plus petits oiseaux de notre région comme le Roitelet huppé ou le Troglodyte mignon trouveront de quoi se nourrir quelque soient les conditions climatiques même au cœur de la forêt.
Les Becs-croisés des sapins passent toute l’année dans les forêts de conifères se nourrissant principalement des minuscules graines d’Epicéas, de Pins ou de Mélèzes qu’ils extraient grâce à leurs mandibules croisées qui leurs donnent des allures de perroquets. Les mâles  arborent une couleur rouge marquée alors que la femelle est jaunâtre. Il n’est pas rare et amusant de les observer au soleil se nettoyer leur bec enduit de résine sur les murs des châteaux comme au Fleckenstein.
Le Grand Corbeau ne fait partie de notre faune ailée que depuis peu et se fait remarquer par ses cris puissants mais brefs que l’on entend parfois aussi lorsqu’il survole le village. C’est un oiseau forestier qui parcourt de grandes distances à la recherche de sa nourriture, il est omnivore et ne dédaigne pas les charognes qu’il trouvera plus facilement en hiver.

La Pie grièche grise était présente chez nous toute l’année il y a plus de 20 ans, je me souviens d’avoir pu observer sa nidification dans les vergers du Wiede. Actuellement un seul oiseau peut parfois encore être vu perché sur le haut d’un arbre fruitier ou une haie guettant un petit rongeur, mais uniquement en hiver. Son milieu n’a pourtant pas vraiment évolué mais elle nous quittera avant l’arrivée des beaux jours.

En Janvier les premiers chants territoriaux se font discrètement entendre si le temps est calme. Le Pigeon ramier et la Grive draine sont souvent les premiers à se manifester suivis par d’autres comme les Mésanges charbonnières, noires, nonnettes ou bleues et le Pic noir. Le Pic épeiche qui est notre Pic le plus fréquent, ne chante pas mais son tambourinage rempli la même fonction de marquage de territoire que le chant. Les oiseaux chantent pour signifier aux autres membres de leur propre espèce que ce territoire leur appartient et qu’ils le défendront pour s’y reproduire lors du printemps à venir. Les conflits de territoire ne sont pas rares, les duels brefs mais parfois violents et les protagonistes y laisseront parfois quelques plumes.

Chez les rapaces nocturnes le chant crépusculaire se fait entendre à partir de janvier ou février. Plusieurs espèces qui étaient encore très rares voir absentes il y peu de temps ont été trouvées dans nos forêts ces dernières années. Il en est ainsi du Hibou Grand duc qui est de retour très localement après une longue absence, de la Chouette de Tengmalm qui vit au plus profond des hêtraies profitant des anciens nids de Pic noir et de la minuscule Chouette chevêchette qui niche dans les anciennes cavités de Pic Epeiche dans les conifères.
D’autre rapaces nocturnes sont également présents chez nous : la Chouette hulotte qui est assez commune, la Chouette effraie qui est malheureusement devenue bien rare mais niche encore ponctuellement dans certains greniers du village et le Hibou Moyen duc qui n’est pas très rare mais d’une grande discrétion.
La majorité des rapaces diurnes et nocturnes se nourrissent de petits rongeurs toute l’année et en régulent donc les populations. L’Epervier d’Europe, la Chouette chevêchette, l’Autour des palombes ou le Faucon pèlerin sont spécialisés dans la capture des oiseaux.

Comme de nombreuses formes de vie qui nous entourent les oiseaux sont des éléments clés dans la gestion naturelle de notre environnement et participent ainsi son équilibre. Leur faculté de se déplacer rapidement sur des grandes distances leur permet de s’adapter aux conditions environnantes beaucoup plus facilement que tous les autres animaux. Leurs couleurs, leur grâce et leur utilité leur valent souvent d’être mieux acceptés que des formes de vie à nos yeux moins esthétiques mais au final tout aussi indispensables dans le fonctionnement de la chaîne alimentaire.

Toutes les photos présentées ici sont l’œuvre de mon ami Michel Rauch de Niederbronn les bains que je remercie d’avoir accepté de les mettre à ma disposition pour illustrer le thème des oiseaux. Les photographier nécessite beaucoup de patience, une maîtrise technique et un investissement de temps considérable souvent dans un confort très précaire mais avec un résultat spectaculaire !

Texte : François Spill
Photos : Michel Rauch

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